Le Centre du Patrimoine Arménien est un lieu d'histoire vivante qui s'articule autour de l'exemple arménien dont la portée universelle est manifeste.


A L'AUBE DU XXIe SIECLE - 2001
Carte : « A l’aube du XXI e siècle – 2001 » in Atlas historique de l’Arménie

HISTOIRE DE L'ARMENIE
L'origine des Arméniens, qui s’appellent eux-mêmes Haï et leur pays Haïastan, est obscure. D’après la légende, leur ancêtre éponyme, Haïk, arrière-arrière-petit-fils de Noé, serait arrivé avec sa tribu dans la région de l’Ararat, après avoir défié et vaincu le roi de Babylone, Bel.
On   pense   que, venus des Balkans en Anatolie au XIIIe siècle av. J.-C.,  les
Arméniens se  seraient détachés   des
autres   tribus   thraco  -   phrygiennes,
absorbant progressivement le royaume d’Ourartou.
Située sur les voies d’invasion et de commerce entre l’Asie et l’Europe, au carrefour d'aires culturelles, religieuses et politiques rivales, l’Arménie a souvent servi de champ de bataille entre les grands empires successifs de la région : perse achéménide et grec, romain et parthe, byzantin et sassanide, puis arabe, turc,    mongol,    ottoman    et    persan.
D’où    une   histoire   turbulente,    avec
une succession de phases d'indépendance et de sujétion, d'unification et de morcellement, d’occupation et de partages, ponctuée de quelques périodes brillantes comme le règne de Tigrane  II  le Grand
(95-55 av. J.-C.) qui établit un empire de la Palestine au Caucase avant d’être vaincu par Pompée (66 av. J.-C.), les royaumes médiévaux de Grande Arménie    autour    de   Van    et d’Ani  (IXe-XIe siècles), puis de Cilicie (XIe-XIVe siècles). Après la chute de ce dernier royaume (1375), les Arméniens sont partagés entre les Ottomans et les Persans. Certains émigrent (Balkans, Crimée, Pologne, Italie, Europe du Nord, etc.). D’autres sont déportés comme les Arméniens du Nakhitchevan transférés par Chah Abbas Ier à Ispahan, où ils créeront la fastueuse colonie marchande de la Nouvelle Djoulfa. Mais la conversion précoce au christianisme (entre 301 et 314) et la constitution d’une Église nationale autocéphale ont contribué à préserver leur identité sur leur territoire comme dans la dispersion.
C'est dans la partie caucasienne du pays, conquise par la Russie en 1828 et devenue après la disparition des Arméniens ottomans au cours du génocide de 1915, le principal pôle de peuplement national, que va renaître un État. La première république indépendante  y  est  proclamée  le  28 mai 1918,   lors  de  l'éclatement  de
l'empire tsariste. Elle est reconquise par l’Armée Rouge en décembre 1920 et soviétisée. L’Arménie vivra dès lors à l’heure soviétique, jusqu’à la chute de l’URSS. Elle est redevenue indépendante depuis le 21 septembre 1991.

Roi d’Ourartou

 

 


CHRONOLOGIE ARMENIENNE
   
 •  
IXe-VIe   s.    av.    J.-C.   :   Royaume
d’Ourartou

 •  
VIe-IVe   s.   av.  J.-C.  :  Domination
des Perses achéménides jusqu’à la conquête d’Alexandre le Grand (vers 331)

 •  
95-55 av.  J.-C.  : Règne de Tigrane
II le Grand battu par Pompée (66)

 •  
301 - 314 : Conversion au christianisme

 •  
Ve s. : Invention de l’alphabet (vers
405). Schisme de Chalcédoine et bataille d’Avaraïr (451)

 •  
IXe-XIe s. :  Royaumes   de  Grande
Arménie

 •  
1064 : Prise d’Ani  par   les   Turcs
Seldjoukides

 •  
XIe-XIVe s.  :  Royaume   de   Cilicie


 •  
XVIe-XVIIIe s.: L’Arménie partagée
entre les Empires ottoman et persan


 •  
1828    :    Annexion   de   l’Arménie
orientale par les Russes
 • 
24.4.1915   :   Début   du   génocide
des Arméniens

 • 
1918 - 1920   :   Indépendance   de
l’Arménie au Caucase

 • 
1920 - 1921   :    Soviétisation    de
l’Arménie et fin du foyer national de Cilicie sous protectorat français

 • 
1923   :   Rattachement   du   Haut-
Karabagh à l’Azerbaïdjan

 • 
1991 : Indépendance de l’Arménie.
Le Haut-Karabagh s'autoproclame indépendant.

LES ARMENIENS DANS L'EMPIRE OTTOMAN AU DEBUT DU 20e SIECLE
   
Un peu plus de deux millions dans l’Empire ottoman en 1914, les Arméniens vivent principalement à Constantinople et dans six vilayet (province) d’Anatolie orientale, organisés autour des trois piliers traditionnels que sont la famille patriarcale élargie, le village et l’Église, et regroupés, à l’instar des autres dhimmi (sujet tributaire protégé) non-musulmans - Grecs et Juifs - dans un millet, «nation» ethno-confessionnelle, sous l’autorité de leur patriarche siégeant dans la capitale.

L’essentiel de la population reste rurale, s’occupant d’agriculture et d’artisanat, même si les Européens les voient souvent comme un peuple de marchands levantins avec les stéréotypes qui s’y rattachent. Tout au long du XIXe siècle, sous l’effet de l’idéologie de progrès des Lumières et du début de modernisation de l’Empire ottoman, une élite intellectuelle et technique (médecins, avocats, enseignants,         écrivains,           etc.) ,
accédant parfois à des postes élevés dans      l’ administration         impériale,

s’est constituée aussi et a propagé les idéaux d’émancipation. L’échec des réformes pour une égalité de droit de tous les sujets ottomans, musulmans et non-musulmans, pour une monarchie constitutionnelle et une meilleure gouvernance, en particulier dans   les   provinces   orientales   où
sévissent l’arbitraire, la corruption et l’insécurité, radicaliseront une partie de ces élites, tandis que le pouvoir, incapable d’empêcher le déclin et le démembrement de l’Empire face à la montée des séparatismes et aux ingérences des puissances rivales, opte pour la répression .

Constantinople
   

DIASPORA
   
Diaspora est un mot grec qui fait référence à la dispersion des Juifs après la prise de Jérusalem par les Babyloniens dans l’Antiquité. Par extension, il désigne une dispersion de grande ampleur d’une population exclue de son territoire suite à une violence d’État. Les diasporas issues d’un exil massif et contraint, du fait de persécutions, de massacres, de génocides, se distinguent des réseaux transnationaux établis sur  une  stricte
base économique. Elles élaborent dans les pays d’accueil des stratégies identitaires et entretiennent un mythe du retour afin de préserver une mémoire et une culture de la durée.
La diaspora arménienne s’est constituée dans le contexte du génocide et de la soviétisation de l’Arménie caucasienne. Aujourd’hui, plus de la moitié des six à sept millions d’Arméniens vit hors de la république   d’Arménie,   sur   les    cinq
continents. Il existe beaucoup d’autres diasporas, plus ou moins connues, à travers le monde. L’existence des diasporas est concrétisée par toutes les personnes qui les composent et qui vivent au quotidien dans les pays d’accueil. Les membres d’une diaspora peuvent être isolés ou regroupés. Une diaspora est toujours créée     par     un     événement     qui force les personnes à quitter leur pays natal.

 

 


GENOCIDE
   
Selon l’article II de la convention pour la prévention et répression du crime de génocide, adopté à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1948 et entrée en vigueur le 12 janvier 1951,
« Le  génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :
 a)  
meurtre de membres du groupe ;
 b)  
atteinte      grave      à     l’intégrité
physique ou mentale des membres du groupe ;
 c)  
soumission       intentionnelle      du
groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
 d)  
mesures   visant   à   entraver   les
naissances au sein du groupe ;
 e)  
transfert     forcé    d’enfants     du
groupe à un autre groupe. »

Au XXe siècle, cette définition a été appliquée à la destruction :
 -  
des     Arméniens      de      l’Empire
ottoman par le gouvernement jeune-turc en 1915-1916 (nombre de victimes : 1,2 à 1,5 million soit les deux tiers de la population) ;
 -  
des Juifs (nombre de victimes: 5 à
6 millions) et des Tsiganes (nombre de victimes : 250 000 à 500 000) par l’Allemagne nazie de Hitler en 1941- 1945 ;
 -  
des Tutsi par le pouvoir  Hutu  au
Rwanda en 1994 (nombre de victimes : 800 000 à 1 million).

Sont également qualifiés de génocide, l’anéantissement :
   -  des Ukrainiens par le pouvoir soviétique sous Staline en 1932-1933 lors de la collectivisation forcée des terres et de la famine (nombre de victimes : 7 à 10 millions);
   -  des   Cambodgiens   par   le gouvernement Khmer rouge de Pol Pot en 1975-1978 (nombre de victimes : 2 millions).

Camp de réfugiés au Rwanda


Á  cette liste, s’ajoutent les massacres à caractère génocidaire, les nettoyages ethniques, les meurtres de masse, etc.
De     son     côté,     le    Tribunal    pénal


international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a qualifié de génocide, le 19 avril 2004, le massacre de 7 000 à 8 000 musulmans de Bosnie, en 1995 à Srebrenica.









APATRIDIE
   
Passeport Nansen
L’apatridie désigne la situation d’une personne qu’aucun État ne revendique comme ressortissant national.

C’est au lendemain de la Première Guerre qu’on assiste aux premières manifestations de déchéance globale, forcée et automatique de la nationalités pour motifs idéologiques. Les premiers cas de dénationalisation en   masse   concernent les   Russes et les Arméniens  qui,   par  décrets  ou traités, sont non seulement interdits de retour, mais déchus de leur nationalité. D’où la création d’un passeport spécifique, dit « passeport Nansen », du nom du Haut- Commissaire aux Réfugiés qui en prit l’initiative, l’explorateur et diplomate norvégien Fridtjöf Nansen, afin qu’ils puissent se déplacer à l’heure où les État commencent à contrôler les migrations et les frontières. Les   conventions  de   Genève  du  28  juillet 1951 et de New York du 28 septembre 1954 s’efforcent d’apporter de nouvelles  garanties  aux  apatrides. La convention des Nations Unies du  30 août 1961 sur la réduction des cas d’apatridie prévoit qu’un État doit accorder sa nationalité à une personne née sur son territoire ou qui présente des liens avec lui, et que, sauf exception, les États devront s’abstenir de priver une personne de sa nationalité si cela doit la rendre apatride.

 

 

 

 

   

FRANCE TERRE D'IMMIGRATION
   
Entre 1875 et 1930, le besoin croissant de main-d’œuvre dans une France qui s’industrialise entraîne une immigration de masse venant de pays frontaliers, d’Europe centrale, du Proche-Orient et des colonies. Une véritable organisation de la gestion de ces flux se met en place.

Le Bureau International du Travail, organisme de la Société des Nations (ancêtre de l’ONU), s’occupe de répartir les populations déplacées et réfugiés de la Grande Guerre (Russes « blancs », Arméniens) dans les pays en quête de main d’œuvre. En France, au début des années 1920,  la  Société
Générale d’Immigration, organisme privé sous la tutelle de l’État, prend en charge les travailleurs étrangers, du pays d’origine jusqu’à l’embauche. Des initiatives individuelles complètent ce réseau : les entreprises recrutent directement leurs salariés dans les pays d’origine.
Les autorités françaises surveillent de près ces populations : ainsi, des documents administratifs sont obligatoires. Chaque organisme officiel délivre ses propres papiers sur
lesquels les mêmes informations sont inscrites avec quelques variantes en fonction des services : commissariatde police, mairie, préfecture, Ministère du travail (Service de la main d’œuvre étrangère), etc. La crise économique de 1929 freine l’immigration. Des lois
limitent l’emploi des étrangers dans les entreprises (lois Laval de 1932, 1935) et leur interdisent certaines professions (médecins, avocats, etc.). Des étrangers (Italiens, Polonais, etc.), désormais sans travail, sont reconduits dans leur pays au contraire des Arméniens apatrides.

Italiens sur un chantier

 

 

 

 

...FRANCE TERRE D'ACCUEIL
   
La seconde moitié du 20e siècle connaît de vastes mouvements de population. Après la Seconde Guerre mondiale, la reconstruction de la France et la période d’expansion économique des « Trente Glorieuses » nécessitent de nouveau le recours à la main d’œuvre étrangère. Désormais plus strict, l’encadrement des mouvements migratoires est du ressort de l’État. Ainsi, l’Office National de l’Immigration (ONI), établissement public créé en 1945, est chargé du recrutement et favorise le regroupement familial dans le cadre de conventions signées entre les États.
Par ailleurs, la République facilite l’accès à la nationalité française à de nombreux immigrés.
Les années 1955-1975 constituent les « Vingt Glorieuses » de l’immigration française. La France reçoit alors une vague importante de migrants, venus d’Europe méridionale – plus particulièrement de la péninsule ibérique - puis de l’ancien Empire colonial dont l’Afrique du Nord fournit le contingent principal. La crise pétrolière, puis la fermeture des frontières après 1974 ne mettent pas un terme à l’arrivée de travailleurs étrangers même s’ils la freinent. Les nouveaux venus ne sont accueillis sur le territoire qu’au titre du droit d’asile et du regroupement familial. Aussi, l’ONI est remplacé en 1987 par l’Office des Migrations Internationales (OMI) organisme centré sur l’entrée et le séjour des familles d’immigrés.

 

 

Réfugiés au cours de la Seconde Guerre mondiale